C’est une histoire qui débute par un héritage, une initiation, un jeu, un apprentissage et qui continuera même quand elle sera finie.

Une fois suffisamment grand pour faire ses propres pas, voler de ses propres ailes, de plus en plus de liberté est acquise. Chaque jour, à chaque aventure, chaque rencontre, dans le bonheur ou l’adversité ; il y a une leçon à apprendre. La diversité en chacun des compagnons de cordée constitue un véritable trésor. Chacun d’entre eux et à sa manière amène à faire des pas de plus vers un chemin, une voie. Il convient de ne garder que le meilleur, développer le positif à partir du négatif et d’extraire ses propres solutions. Cela permet d’acquérir une liberté d’esprit. Petit à petit cette liberté conduit à choisir consciemment les compagnons de cordée qui te hissent le plus haut. Ceux en qui tu peux avoir totalement confiance ; ceux avec qui tu pourras sereinement lâcher prise car tu sais qu’ils prendront assurément soin de ce que tu leur as confié de plus précieux ; qu’ils embrasseront délicatement dans le creux de leurs mains ta vie au bout de la corde. Celui qui tient la ficelle dans l’ombre du protagoniste a une responsabilité capitale. Discret mais présent. Il encourage, rassure, secoue sans brusquer, guide, respecte, laisse libre. Comme pour faire pousser une fleur, on ne tire pas dessus mais on l’arrose et on l’a regarde grandir patiemment. Ceux-là portent le vent dans les ailes.

Le plus difficile est sans doute de trouver sa propre voie, celle que l’on doit entendre au plus profond de soi, celle qui fait instinctivement vibrer, pulser, battre la chamade. Celle qui rend terriblement vivant, qui fait rêver. Celle qui va permettre d’exprimer son plein potentiel avec toute l’énergie de sa force vitale. Tout est possible ! Et parmi le dédale des chemins, suivre sa voie qui va permettre de se réaliser est sans doute l’exercice le plus exigeant, celui d’une vie entière.

Une fois que les pieds décollent du sol, la danse commence ! Face à aux doutes, aux incertitudes, aux croyances, aux peurs ; tout ne dépend plus que de soi. C’est cette force vitale bouillonnante intimement en soi qui va permettre d’avancer. Il n’y a qu’à l’écouter profondément. Être face à soi-même est une chance incroyable de prendre conscience de ce qu’il se passe réellement, de connaître plutôt que de croire, d’espérer plutôt que d’avoir peur. C’est une opportunité pour se transformer, évoluer, faire un chemin en soi, comme un voyage intérieur. La solution est de continuer à avancer, bien s’accrocher, vérifier ses prises, tenir bon, ne pas perdre le cap de vue, rester concentré dans le moment présent, rester en mouvement, mais aussi prendre des temps pour soi, un temps calme ou un silence pour mieux repartir, prendre des décisions quoiqu’il se passe. C’est un chemin bourré d’obstacles et semé d’embûches. Faut-il les éviter ou les combattre ? Prendre des risques ou renoncer ? Faut-il renoncer sans faire d’effort ou renoncer parce que l’effort est insensé ? D’un côté il y a peut-être des limites intéressantes à surmonter, de l’autre des limites vitales à ne pas dépasser. Cela peut être une surenchère dans l’engagement procurant l’intense sensation d’être vivant, mais qui demande aussi de la prudence pour justement rester en vie…

Respecter ses limites vitales demande beaucoup de lucidité. Quel est le risque ? Quel est le danger ? Est-ce que j’ai la force, les capacités et les moyens d’en sortir indemne ? Est-ce que je suis sûr de ça ? Pas le moindre doute ? Savoir renoncer pour pouvoir vivre d’autres aventures demain est une sagesse. La vie est magnifiquement belle mais aussi injuste hélas, elle peut frapper et briser n’importe où. Savourer les moments présents est important.

Il n’est pas toujours facile d’aller chatouiller ses limites, cela demande de l’énergie. La tentation du renoncement en baissant les bras pointe parfois. Mais l’espoir, l’envie, le courage, la détermination, l’audace permettent de continuer sur le chemin. Chacun fait comme il peut, à son rythme en fonction de ses forces, ses faiblesses, ses moyens, ses limites. Nous sommes parfois bloqué par nos peurs, par un manque de confiance en nos capacités ou par de mauvaises pensées. Prendre des risques en ce sens permet de se dépasser, sortir de sa zone de confort, goûter au challenge, aller toucher ses rêves du bout des doigts. Et dans cet art du combat le vol guette… En temps normal les chutes sont anodines, sans conséquences vitales. Alors est-ce que la chute est un échec ? L’expert n’est-il pas celui qui a commis toutes les erreurs possibles ? Voler fait peut-être simplement parti du jeu.

Peu importe le résultat, un plein effort n’est-il pas une pleine victoire ? Si on se donne à fond dans son escalade et que l’on chute ; n’est-ce pas une pleine victoire parce que l’on aura fait de son mieux ? Ne faut-il pas être indulgent avec soi-même et se remercier d’être arrivé jusqu’ici en gardant le sourire ? La réussite n’est pas toujours au rendez-vous mais chuter n’est pas forcément un échec, c’est peut-être simplement un pas de plus sur le chemin. Avec de la persévérance, on pourra en tirer les leçons pour continuer à avancer. Et pourquoi faudrait-il toujours se dépasser ? Ne pouvons-nous pas être épanoui en se reposant sur nos lauriers ? L’épanouissement naît-il des compétences acquises ou de la recherche de compétences ? Il s’agit peut-être de trouver le juste équilibre entre l’effort et le relâchement afin de progresser au mieux.

Alors même si c’est un comble de lâcher prise pour un grimpeur, il faudrait peut-être prendre du plaisir à chuter, à voler ; prendre le plaisir là où il est. Pourquoi se faire violence ? C’est un jeu qui peut se faire dans la joie, la légèreté, la fluidité, la gaieté, la douceur. C’est un combat sans violence, une lutte pacifique. C’est une philosophie, une méditation, une liberté, une danse. À la manière d’un albatros qui exprime toute sa grâce dans une mer furieuse et déchaînée avec un vol léger d’une pure élégance ; humble, redoutable, indomptable. C’est une passion qui demande de l’humilité, de la persévérance, de l’abnégation, une résilience, du courage. Pour aller au sommet de ses rêves, il y a un chemin à traverser. C’est autant un chemin pour lequel il faut se donner les moyens de réussir qu’un cheminement intérieur. L’essentiel n’est pas au sommet, l’essentiel est dans les pas parcourus.

Quand la réussite est au rendez-vous, quand finalement on est perché là-haut à ce sommet si convoité, quand on as tout donné ; la sérénité comble. Parce qu’on s’est battu comme un lion, absorbé dans l’action ; le temps s’est arrêté, on a survolé les obstacles avec fluidité. C’est à ce moment précis que l’on peux au mieux mesurer le chemin accompli. Il me semble important de bien prendre le temps de savourer ce moment. Se retourner et observer d’où l’on vient et où on en est maintenant. Regarder cette beauté autour de soi ; la falaise, les arbres, les oiseaux, le ciel, les nuages, le soleil, la nature, l’horizon ; les petits camarades qui se marrent en bas… Ouvrir bien ses yeux quand on en est là, savourer cette récompense, sourire, rigoler. Se délecter de cet état de grâce. Se réjouir de cette euphorie et de cette adrénaline en intraveineuse. Se remercier et remercier ceux qui t’ont aidé à en arriver là. Mesurer comme on est vivant.

Alors il n’y a plus qu’à choisir ses compagnons de cordée, une voie et foncer, profiter !

Et un jour peut-être, le moment viendra de transmettre et de partager. À l’instar de certains qui ont pu être exemplaires, on essaiera d’être exemplaire pour d’autres. C’est l’envie de guider et d’aider les prochains à prendre leurs envols. Cultiver le mouvement pour poursuivre cette belle histoire…

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